Écriture inclusive : faut-il féminiser la langue française ?

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« Chef·fe·s », « ambassadeur·rice·s », « commerçant·e·s », etc. Avez-vous déjà rencontré ce type d’écriture ? On appelle cela, l'écriture inclusive.

Et ce n’est pas nouveau !

L’écriture inclusive existe depuis longtemps. Par exemple, au Québec, elle est recommandée par l’Office québécois de la langue française depuis 1979. Ainsi, on accepte les titres suivants : « Madame la Présidente », « Madame la Députée », etc.

Mais aujourd’hui, c’est en France que l’écriture inclusive fait débat. Depuis 2 / 3 ans, elle fait grincer des dents l’Académie française. Cette dernière pense que l’écriture inclusive mettrait la langue française en « péril mortel ». Des termes employés dans la déclaration officielle de l’Académie française sur l’écriture dite inclusive.

C’est le fameux manuel scolaire « Magellan et Galilée - Questionner le monde », destiné aux CE2 et publié en 2017, qui a lancé la polémique. Ce manuel, publié par Hatier, a été rédigé en écriture inclusive. En voici un extrait : « un·e ambassadeur·rice : une personne chargée de représenter son pays auprès d'un autre pays ».

Pour les puristes, toucher à la langue française est une aberration. Mais enseigner ces changements à l’école, c’est pire ! Cela remettrait en question notre éducation.

Mais qu’est-ce que l’écriture inclusive ? Qu’implique-t-elle ? Et surtout, pourquoi fait-elle débat ? Qu’oppose les partisans de l’écriture inclusive et les puristes de la langue française ?

Pour se faire son propre avis, il convient de comprendre le concept.

L'écriture inclusive, késako ?

Contrairement à certaines idées reçues, l’écriture inclusive ne se résume pas seulement au fameux point médian. Par exemple, « tout·e·s ».L'écriture inclusive est un concept visant à changer certains aspects de la langue française afin d'assurer une représentation égale des hommes et des femmes dans cette dernière.

Le concept est beaucoup plus large.

L’écriture inclusive est un procédé désignant toutes les attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’assurer une représentation égale des hommes et des femmes. Et ce, donc, dans la langue française.

Ce concept se traduit par :

 

Entrons un peu plus dans les détails.

La règle grammaticale du « masculin l’emportant sur le féminin »

Pour comprendre ce concept, il faut remonter un peu en arrière.

Retour au XVIIe siècle

Autrefois, en grec ancien, en latin et en français, on appliquait la règle de proximité. C’est-à-dire que l’on accordait en genre le nom le plus proche de l’adjectif. Par exemple, « le bureau et la chaise sont grises ».

C’est ensuite au XVIIe siècle que tout a basculé. 

En 1647, Claude Favre de Vaugelas, philologue à l’Académie française, publie « Remarques sur la langue française : utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire ». Dans cet ouvrage, il explique que le genre masculin doit désormais prédominer sur le féminin

Scipion Dupleix affirmera par la suite :

« [...] parce que le genre masculin est plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif. »

En vue de l’influence de ces deux hommes et de l’absence de femmes au sein de l’Académie française, la règle prévaut.

Si bien qu’aujourd’hui, on enseigne à l’école que le « le masculin l’emporte sur le féminin ». Mais si l’on en croit le célèbre linguiste Michel Arrivé, cette règle, ainsi prononcée, n’apparaît pas dans les grammaires scolaires de la fin du XIXe et du XXe siècle

Quel(s) changement(s) ?

Les partisans de l’écriture inclusive n’approuvent pas cette règle. 

Ils préconisent de revenir à la règle de proximité.

Ils invitent également à citer les pronoms par ordre alphabétique. Dès lors, le pronom féminin (elle) passerait avant le masculin (il) : « Elles et ils font du vélo », « celles et ceux ». On parlererait même d'un nouveau pronom mixant « elle » et « il » : « iel ».

C'est aussi là qu'intervient le fameux point médian. On écrirait donc de cette façon : racine du mot + suffixe masculin + point médian + suffixe féminin. Par exemple, « tout·e·s les auteur·rice·s ».

Le cas des antonomases

Les antonomases constituent le deuxième point de la langue française que l’écriture inclusive modifierait.

Commençons par définir ensemble ce qu’est une antonomase. Une antonomase est une figure de style. On remplace un nom commun par un nom propre ou inversement. C’est le cas lorsque l’on parle de l’« Homme ». Par exemple, « les sciences de l’homme ».

D’ailleurs, le Manuel d’écriture inclusive écrit par Raphaël Haddad, l’explique très bien. Je vous invite à aller le consulter.

Pour la petite histoire, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen devait s'appeler Man’s Right. C’est Eleanor Roosevelt, unique femme présente à ce moment qui a réussi à se faire entendre et à changer l'intitulé de la Déclaration en Human Rights.

Quel(s) changement(s) ?

Selon les partisans de l’écriture inclusive, on abandonnerait ces antonomases.

On parlerait donc des « sciences humaines », ou encore des « droits humains ».

C’est d’ailleurs déjà le cas au Québec où l'on parle plus facilement des « Droits de la personne humaine ».

Le nom des métiers : le débat houleux

S’il y a bien un sujet qui fâche concernant l’écriture inclusive, c’est le nom des métiers, des titres et des autres fonctions.

Peut-on dire « Madame la Ministre » ? Ou encore « professeure », ou « autrice » ?

Certaines féministes vous diront que oui. D’autres puristes affirmeront que non. Pourtant, un métier n’a pas de genre, si ?

Note : le genre regroupe toutes les différences non biologiques entre les hommes et les femmes. 

Encore un retour au XVIIsiècle

Pour comprendre ce débat, il faut remonter au XVIIe siècle.

Selon Charles Maupas et Antoin Oudin, les métiers exercés par les hommes étaient au masculin. De même, les noms concernant les fonctions de femmes étaient au féminin. Pour faire simple, certains métiers étaient féminins et d’autres masculins. Les équivalents des noms de métiers et de titres masculins se terminaient par « eresse » ou « euse » pour le féminin.

À cette époque, on avait donc des apprentisses, des doyennes, ou encore des financières. 

C'est un certain Jean-Louis Guez de Balzac qui a fait changer la donne. Selon lui, il faut « prendre conseil de l'oreille ». Par exemple, il préconise de dire « poète » plutôt que « poétesse ». À partir de ce moment, la règle prévaut.

Une des justifications concerne le suffixe « fesse »... Un argument en béton ! smiley

Dès lors, certains noms de métiers disparaîtront au fur et à mesure.

C'est ensuite au tour de Louis-Nicolas Bescherelle, au XIXe siècle. Dans sa première grammaire, il explique clairement que l'on ne dit pas « professeure » mais « professeur », ni « compositrice » mais « compositeur ». Et ce, même si l'on mentionne des femmes.

Quel(s) changement(s) ?

Dans un premier temps, les partisans de l'écriture inclusive recommandent l'utilisation des termes épicènes. Un terme épicène est un terme invariable, que l’on se réfère au féminin ou au masculin. Par exemple le mot « artiste ».

Sinon, on inclut et on accepte l'ortographe des mots suivants : « professeure », « autrice », « académicienne », « cheffe », etc.

Ici, le point médian sera également de mise. Par exemple, on parlera des « agriculteur·rice·s ».


Autant de changements pour une seule langue ? Mais pour quoi faire ? Pourquoi changer notre langue française ? Et puis après tout, pourquoi pas ?

Tentons maintenant de comprendre le débat qui perdure à ce sujet.

Quels sont les arguments des partisans de l'écriture inclusive ? Et quels sont les arguments des réfractaires ?

Pourquoi un tel débat ?

Pourquoi l'écriture inclusive fait-elle débat aujourd'hui ? Être pour l'écriture inclusive

D'un côté, nous avons les partisans de l'écriture inclusive.

Selon eux, l'écriture inclusive aiderait à atteindre une égalité entre les hommes et les femmes.

En effet, selon certaines études, notre langue façonnerait notre façon de voir le monde. Et cela aurait donc des répercussions sur la condition des femmes dans la société.

Une étude a sollicité un échantillon de personnes. Ils devaient citer des présentateurs ou présentatrices du journal télévisé. Selon la formulation de l'instruction, les personnes ne répondaient pas de la même façon. Si la formulation était inclusive, les personnes citaient plus facilement des femmes.

Dès lors, l'écriture inclusive serait nécessaire pour assurer l'égalité entre les hommes et les femmes.

De plus, selon les faits historiques, certaines règles grammaticales clamant la supériorité du masculin sur le féminin n'étaient pas appliquées avant. On reviendrait donc à des règles qui existaient auparavant.

Être contre l'écriture inclusive

De l'autre côté, nous avons les personnes plus réticentes au concept.

L'écriture inclusive n'affecterait pas la représentation sociale de la femme dans la société. D'autres sujets d'inégalité entre les hommes et les femmes sont plus importants. Par exemple, l'inégalité salariale.

Selon les puristes, on ne change pas la langue française. L'écriture inclusive la mettrait en danger. La dimension esthétique rentre aussi en compte. Ce n'est pas « naturel ». 

En outre, l'écriture inclusive alourdirait la lecture. « Les nouveau·elle·x·s traducteur·rice·s traduisent des documents destinés aux ancien·ne·s politicien·ne·s ». Une lecture pas très fluide, n'est-ce pas ?

Il va sans dire que enseigner cela à l'école serait tout aussi compliqué. Problèmes de lecture, de prononciation. Un système qui compliquerait l'apprentissage pour les enfants...


Un débat qui n'est pas prêt de se terminer...

Alors, pour ou contre l'écriture inclusive ? Qu'en pensez-vous ?

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